La leptospirose est une maladie bactérienne affectant de nombreuses espèces comme le bovin, le chien, le cheval… notamment par l’intermédiaire des rongeurs. C’est une zoonose, c’est à dire qu’elle est transmissible à l’homme bien que la transmission ne se fasse rarement à partir d’un animal malade mais plutôt à partir d’eaux contaminées. Cette maladie se retrouve partout dans le monde. Les chevaux contaminés, d’apparence saine, passent souvent inaperçus alors qu’ils sont séropositifs. Les signes cliniques peuvent être très variés rendant le diagnostic difficile. La prévention est donc primordiale dans la gestion de cette maladie zoonotique d’incidence saisonnière.
Ethiologie et transmission de la leptospirose : quel est le pathogène à l’origine de la leptospirose ?

L’agent pathogène responsable de cette maladie est une bactérie du genre Leptospira appartenant à l’ordre des Spirochaetales. Ces bactéries sont petites avec un diamètre de 0,1 microns rendant l’observation au microscope difficile. Elles ont besoin d’oxygène pour vivre et croître et sont donc qualifiées de bactérie aérobie stricte. Leur habitat est humide, semi-obscur nécessitant une certaine fraîcheur. Elles vont donc principalement se développer dans de l’eau stagnante abritée du soleil et du vent, majoritairement au printemps et en automne. La leptospirose est donc surtout saisonnière. Les leptospires peuvent également survivre environ 6h dans les matières biologiques du milieu ambiant, notamment les fecès. Elles sont sensibles à la chaleur et à la dessiccation.

De nombreux sérovars (c’est-à-dire des sous groupes de la bactéries) existent et sont spécifiques de chaque espèce animale. Chez le cheval, plusieurs sérovars sont retrouvés mais peu de sérovars lui sont pathogènes, à l’exception de Leptospira interrogans, également pathogène pour l’homme.
Les rongeurs constituent le principal réservoir de la leptospirose, c’est-à-dire qu’ils sont porteurs de la bactérie sans signes cliniques et sans être malades, et la disséminent très bien, contaminant le milieu extérieur. Les bactéries sont excrétées dans l’urine des animaux infectés. Les autres petits mammifères sauvages comme les hérissons et les lièvres jouent également un rôle dans la transmission.

Ainsi, le cheval peut se contaminer par ingestion d’un liquide ou d’un aliment contaminé par de l’urine. La contamination peut également se faire par contact, souvent lorsqu’il y a déjà une effraction cutanée ou suite à une immersion prolongée. Le cheval nouvellement contaminé pourra devenir excréteur à son tour, et ce pendant plusieurs mois. Toutes ses sécrétions (urine, lait, sperme, matières génitales…) seront alors potentiellement considérées comme virulentes pour ses congénères autour de lui. De plus, la jument contaminée peut également transmettre la bactérie in utero à son poulain.

Comment la reconnaître la leptospirose chez le cheval ? Quels sont les symptômes ?

Différentes formes cliniques sont décrites :
Une forme subclinique

La leptospirose passe souvent inaperçue chez le cheval, cette forme ne présente pas de symptômes très évocateurs et c’est malheureusement la forme la plus fréquente chez les chevaux. Seul le titrage sérologique pourra alors la diagnostiquer.
Une forme suraigüe 

Cette forme très rare est mortelle chez le cheval et ce, de façon très rapide.
Une forme aigüe 

La forme aiguë est une forme qui évolue rapidement, sur deux semaines environ. Les signes cliniques suivants peuvent être alors rencontrés :

– une anorexie ;

– de la fièvre avec une température supérieure à 38,5°C ;

– un ictère, c’est à dire une coloration jaune des muqueuses oculaires et buccales ;

– des urines foncées ;

– une conjonctivite ;

– des diarrhées, constipation, troubles digestifs ;

– des douleurs musculaires.

Une forme chronique

Cette forme évolue sur du plus long terme. Les signes cliniques suivants, peu évocateurs peuvent y faire penser :

– un amaigrissement

– des épisodes fiévreux

– un léger ictère

– une uvéite chronique qui est une inflammation d’une partie de l’oeil pouvant conduire à terme à une cécité.

Suite à un stress, le passage de la forme chronique à la forme aigüe est possible. De plus, lorsque la leptospirose n’est pas traitée à temps, il peut y avoir des complications, plus ou moins dramatiques. En effet, le foie, les reins ou encore les poumons peuvent avoir des lésions. Une jument gestante contaminée peut avorter lors du dernier trimestre de gestation ou mettre bas prématurément. Le poulain infecté in utero peut mourir à la naissance ou naître malade.  Concernant l’étalon, l’affection pourra aussi se localiser au niveau des organes génitaux.

La leptospirose est donc une maladie complexe car elle s’exprime cliniquement de façon très diverse, ce qui peut rendre plus ardu la pose du diagnostic.
Comment le diagnostic de la leptosirose est-il posé ?

Suite à un examen clinique, le diagnostic est difficile et il est impératif de lancer des examens complémentaires par le biais d’une prise de sang, un prélèvement d’urine ou de liquide céphalo-rachidien.
Le laboratoire peut rechercher directement la bactérie lors de la phase de multiplication (c’est-à-dire dans les 12 premiers jours d’infection) dans le sang, dans le liquide céphalorachidien ou dans le lait. Une recherche directe de la bactérie après les 10 premiers jours (soit lors de la phase d’excrétion) est également possible dans les urines.

Plusieurs techniques sont alors utilisées :

Le laboratoire peut également rechercher les anticorps dirigés contre les bactéries liées à une potentielle réaction immunitaire. On parle alors de diagnostic indirect. Dans le cas d’une forme aigüe, deux prélèvements à deux semaines d’intervalles sont nécessaires pour observer une séroconversion. Lors des formes subcliniques ou chroniques, les sérologies sont difficiles à interpréter. Elles doivent donc être régulières et il faudra les mettre en relation avec les signes cliniques.
Des erreurs sont néanmoins possibles : un cheval apparaissant séropositif ne signifie pas forcément qu’il est porteur (erreur par excès), de même qu’un individu très faiblement séropositif ne signifie pas qu’il n’est pas porteur (erreur par défaut). De plus, les symptômes de la leptospirose sont difficilement différentiables d’autres maladies comme la piroplasmose, l’anémie infectieuse…
Quel traitement est mis en place pour un cheval diagnostiqué positif a la leptosirose ? 
Suite au diagnostic de leptospirose par le vétérinaire, des antibiotiques actifs sur les leptospires vont être prescrits sur une longue période. C’est d’ailleurs souvent des pénicillines et des tétracyclines. Ils sont administrés par voie générale. Des traitements complémentaires adaptés au cheval atteint et dépendant de la forme décrite, de la localisation, seront également mis en place afin de réduire les symptômes associés.  Ainsi, le but est de soutenir les organes touchés comme le foie ou les reins, faire baisser la fièvre et remettre le cheval en bon état. Les effets secondaires de ces traitements complémentaires doivent également être pris en compte et peuvent être l’objet d’une discussion entre le vétérinaire et le propriétaire du cheval.
Le pronostic de la leptospirose est bon si le traitement est mis en place assez tôt. Dans certains cas, le cheval atteint garde des lésions irréversibles notamment s’il avait souffert d’uvéite ou encore si les reins étaient fortement touchés.
Comment la prévenir la leptospirose chez le cheval ?

Il n’existe toujours pas de vaccin contre la leptospirose équine bien qu’il existe des vaccins contre la leptospirose canine. Cela est dû au fait que ce ne sont pas les mêmes sérovars impliqués.
Pour prévenir l’infection de votre cheval par la leptospirose, vous pouvez :

Il faut également faire attention aux chiens de l’écurie, pouvant être également infectés par la leptospirose. Pensez à les faire vacciner.
Ainsi, la leptospirose est une maladie importante à connaître et à essayer de repérer, aussi bien pourvu à cause de son caractère zoonotique, mais aussi pour votre cheval, qui sera d’autant plus facile à guérir s’ il est pris en charge rapidement en cas d’infection. Si vous avez un doute, n’attendez pas et parlez-en à votre vétérinaire.