L’emphysème chez les chevaux et les poneys

Préoccupation majeure pour les propriétaires de chevaux et les professionnels de la santé équine, l’emphysème équin pose des défis particuliers en matière de diagnostic et de gestion, nécessitant une compréhension approfondie de ses mécanismes et des interventions appropriées.

Approfondissez le sujet dans les lignes qui suivent, en comprenant ce qu’est l’emphysème, quelles sont ses causes éventuelles, ses symptômes et les traitements possibles.

L‘emphysème cheval, qu’est-ce que c’est ?

Aussi appelé Obstruction Récidivante des Voies Aériennes (ORVA) ou bronchopneumonie obstructive chronique, l’emphysème est un syndrome que l’on retrouve aussi bien chez les chevaux que chez les poneys et même les ânes.

Il se caractérise par des difficultés respiratoires (dyspnée), avec ou sans production de mucus et des poumons surdimensionnés. Le mucus peut s’accumuler à l’intérieur des poumons ou être extériorisé sous forme de jetage.

Autrefois, cette maladie avait le nom de « pousse », d’où l’adjectif « poussif » employé dans le langage courant. En effet, le cheval ayant du mal à respirer, il expire en « poussant » volontairement avec ses muscles abdominaux, qui par la suite se développent petit à petit de façon anormale formant une arête le long de l’arc costal.

Cette expiration particulière se fait donc en deux temps :

  • Un temps « normal » ;
  • Un deuxième où les muscles « poussent » pour faire sortir l’air

On peut aussi observer des naseaux dilatés, un essoufflement à l’effort (le cheval est « poussif ») voire une incapacité à le fournir, une toux persistante et un anus saillant.

Comment mes chevaux ou mes poneys peuvent-ils devenir emphysémateux ?

Suite à une inflammation infectieuse ou allergique chez le cheval, le mucus qui s’accumule dans les poumons va former des films dans les bronches des chevaux qui se rétractent et se dilatent. Ces films vont ensuite mousser avec le passage de l’air et sécher par endroits.

Se forment alors des milliers de petites bulles qui contiennent chacune une portion d’air humide totalement indépendante de l’air respiré. Certaines bloquent complètement une alvéole et isolent toute une zone. D’ailleurs, si une bactérie arrive à y pénétrer, elle y trouvera un milieu propice à son développement. puisque les produits inhalés et les éventuels médicaments ne peuvent atteindre la zone.

De plus, ces petites poches d’air peuvent s’éclater sous la pression, provoquant un crépitement audible à l’auscultation.

Nous pouvons donc observer chez un cheval emphysémateux une obstruction des petites bronches et des bronchioles qui diminue le passage de l’air ainsi qu’une broncho-constriction (bronchospasme comparable à l’asthme) suite à une hypersécrétion de mucus. Tous les facteurs générant une sécrétion de mucus sont des facteurs déclenchants.

L’origine de l’emphysème est souvent mal déterminée. L’exposition à la poussière,aux moisissures et aux pollens sont des facteurs d’apparition et de déclenchement des crises. Néanmoins, cette pathologie peut aussi survenir suite à une infection respiratoire mal soignée.

Que faire pour soulager mon cheval emphysémateux ?

L’emphysème est une maladie incurable. Lors des épisodes aigus, un traitement vétérinaire est indispensable. Chaque crise aggravant la situation, le propriétaire doit prendre des mesures pour éviter autant que faire se peut de nouvelles crises et assurer une bonne qualité de vie à son cheval. Pris à temps et bien suivi, un cheval emphysémateux peut avoir de beaux jours devant lui y compris sur un plan sportif.

Éviter que le cheval respire de la poussière

Le cheval doit respirer le moins de poussière possible : il convient donc de préférer le pré au box, le box ouvert vers l’extérieur à celui qui est à l’intérieur d’un bâtiment, la carrière de sable bien mouillée au manège de sciure sec, le stockage de la paille et du foin ailleurs que dans les écuries et sortir le cheval pour le pansage. Sans parler d’un coup de balai ou de tête de loup de temps en temps… Hors de la présence des chevaux bien sûr !

Éviter les gaz irritants

L’ammoniac est le premier d’entre eux. Il ne faut donc jamais curer le box d’un cheval ou d’un poney emphysémateux sans le faire sortir d’abord. Pour ce type de chevaux, la technique dite du « box d’hiver  » est à proscrire. Si la situation vous le permet, ramassez quotidiennement les crottins.

Bien alimenter mon cheval emphysémateux avec une ration sur mesure

Les fourrages doivent être secs, sans moisissures et non poussiéreux. Ils doivent être distribués sur le sol ou dans un filet placé assez bas pour que le nez du cheval soit au-dessus du foin. Le foin peut être mouillé ou trempé. Le traitement à la vapeur (streamer, purificateurs de foin…) donne d’excellents résultats car il détruit aussi les spores. Le préfané (ou enrubanné) de bonne qualité est aussi conseillé.

Il vous faut rejeter les granulés de mauvaise qualité qui se délitent, l’orge aplatie ou le maïs concassé trop fin, car le cheval souffle sur sa ration. Autrement, mouillez le produit ou mettez-le dans une préparation comme un mash.

Il faut éviter une production d’ammoniac importante dans le gros intestin, qui, via le sang, pourrait irriter les poumons par voie interne et qui, en outre, sera éliminé dans l’urine ou les crottins puis se dégagera dans le fumier provoquant cette fois-ci une irritation par l’environnement. Pour cela, lors de changements de régime alimentaire, la transition doit être particulièrement lente pour permettre aux bactéries de s’adapter (> 10 jours). La ration doit contenir peu de protéines mais des protéines très digestibles et de grande qualité ainsi que beaucoup de fibres.

En outre, l’adjonction de facteurs d’hygiène digestive comme les levures vivantes sélectionnées, les probiotiques ou prébiotiques testés pour améliorer la digestion, pourrait être profitable.

Comment gérer le poney ou le cheval de sport atteint d’emphysème ?

Il faut adapter le travail demandé à sa forme ou à sa méforme du jour.

Le travail doit se faire de préférence à l’extérieur. Pour le travail en manège ou en carrière, le sol doit être bien arrosé. En effet, à l’effort, le rythme respiratoire s’accélère et le cheval peut inspirer beaucoup de poussière.

L’échauffement doit être progressif. Le cheval doit pouvoir tousser pour évacuer le mucus : échauffer rênes longues et si cela persiste, renoncez pour un temps à le placer.

Si le cheval est peu atteint, un petit temps de galop soutenu en fin d’échauffement l’aide à se débarrasser des mucosités qui l’encombrent. Mais, s’il est plus sérieusement touché, l’oxygénation insuffisante lui interdit ce type d’effort.

Si le cheval a vraiment du mal à respirer, offrez-lui un travail lent, qui oxygène bien les muscles. Le travail non monté sans sangle ou surfaix qui gêne la respiration est excellent.

Facilitez la respiration de votre cheval emphysémateux en adoptant des produits naturels par exemple.

Les produits aux plantes ou quelques gouttes d’huiles essentielles dans un seau d’eau très chaude sont autant de mesures régulières qui facilitent la respiration du cheval, améliorent sa respiration et espacent ses crises.

En cas de doute, faites contrôler votre cheval par un vétérinaire afin d’établir un diagnostic.

Par Catherine Kaeffer, docteur-ingénieur en agronomie et nutritionniste équin.

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