Mélanome cheval : comment le prévenir et le soigner ?

Vous constatez que votre cheval présente une masse étrange sur certaines zones de son corps ? Il peut s’agir d’un mélanome, une tumeur cutanée d’origine pigmentaire. Bien que fréquemment rencontrés chez les chevaux, les mélanomes suscitent encore de nombreuses interrogations chez les propriétaires et les professionnels de la santé équine. Dans cet article, nous explorerons les aspects essentiels de cette tumeur, en abordant ses caractéristiques, ses causes potentielles, les symptômes à surveiller, ainsi que les options de traitement et de prévention. La connaissance approfondie du mélanome chez le cheval est essentielle pour une détection précoce et une prise en charge adéquate de cette affection, garantissant ainsi une meilleure qualité de vie pour nos compagnons équins.

Qu’est-ce qu’un mélanome ?

Un mélanome est une tumeur de cellules mélanocytaires de la peau, c’est-à-dire des cellules qui produisent la mélanine, un pigment responsable de la couleur de la peau et important pour la photoprotection. Plus précisément, ces mélanocytes vont se diviser de façon anarchique, plus ou moins rapidement, et donc former une masse de cellules. Attention à ne pas confondre avec l’homme, chez les animaux le développement de mélanomes n’a aucun rapport avec les UV. Cette maladie est très répandue puisqu’elle représente 10% des tumeurs cutanées rencontrées chez les chevaux. Entre un et deux tiers de ces tumeurs progressent vers un cancer, c’est-à-dire une tumeur maligne pouvant développer des métastases.

Quelles sont les causes du mélanome cheval ?

Aujourd’hui, les mécanismes à l’origine de développement de tumeurs mélaniques sont très mal connus et toujours discutés. Néanmoins, la peau est fréquemment la cible de maladies cancéreuses à cause du fait que les cellules sont en constant renouvellement. En effet, ceci favoriserait alors le développement de tumeurs primaires accompagnées parfois de métastases secondaires à des tumeurs de tissus à proximité. Par ailleurs, le lien entre le robe grise du cheval et le développement du mélanome est évident. On pense alors que ce lien s’explique par le fait que les chevaux à robe grise ont une peau plus foncée que les autres, donc plus riche en mélanine et plus susceptible de développer cette maladie. En effet, 80% des chevaux à robe grise de plus de 15 ans sont touchés par cette maladie. Elle reste exceptionnelle chez les chevaux de toutes les autres robes. De plus, les mélanomes se développent indifféremment du sexe.

Quels sont les symptômes du mélanome chez le cheval ?

On classe souvent les mélanomes en trois types :

  • Les mélanocytomes : ce sont des tumeurs localisées dans le derme superficiel qui vont envahir l’épiderme. Très souvent chez les chevaux de moins de 6 ans, toute robe confondue, ce sont des tumeurs bénignes.
  • Les mélanomes dermiques : ce sont des tumeurs localisées dans le derme profond, très souvent chez des chevaux de plus de 6 ans, en particulier ceux de robe grise. Ce sont des tumeurs potentiellement malignes.
  • Les mélanomes anaplasiques : il s’agit de tumeurs qui touchent principalement les chevaux de plus de 20 ans. Elles sont la plupart du temps à l’origine de métastases, ce qui en fait les tumeurs les plus dangereuses.

Où sont situés les mélanomes sur le corps du cheval ?

Il existe plusieurs critères pour reconnaître un mélanome chez un cheval. Tout d’abord, sa localisation ; on le trouve souvent en région périnéale, périanale, sous la queue, sur le fourreau et moins fréquemment sur la tête, autour des yeux et des lèvres. Ensuite, si vous avez un doute, vous pouvez le palper. Un mélanome est un nodule ferme de taille variable, cutané ou sous-cutané. Il peut former une croûte, s’ulcérer et produire un pus très foncé. Enfin, un même cheval peut en avoir plusieurs, qui peuvent se rejoindre, se développer, se multiplier ou rester stables.

Selon certaines études, les mélanomes se développent suite à l’apparition d’une zone de peau claire parmi la peau sombre, c’est-à-dire lors d’une blessure. Sous la queue, en zone périanale et périnéale, on retrouve beaucoup d’insectes piqueurs. Ceux-ci, en piquant, vont créer de micro-plaies et des irritations en grand nombres. De petites cicatrices vont alors apparaître qui sont, au début, blanches, avant le développement des mélanocytes. Cette hyppothèse expliquerait donc le développement des mélanomes quasi-exclusivement dans ces zones.

Par ailleurs, les mélanomes sous la queue du cheval ne représentent qu’une faible part visible des mélanomes présents. En effet, comme nous l’avons vu, il peut y en avoir partout sur le corps de l’animal. C’est pour cette raison que chaque problème chez un cheval à la robe grise particulièrement, doit faire penser à l’hypothèse des métastases : problèmes respiratoires et digestifs, coliques etc. Ceci est valable pour tous les chevaux gris, même les plus jeunes ! Les mélanomes sont peu présents chez les chevaux de 2 ans mais ils sont tout de même possibles. D’après la littérature, les mélanomes externes sont visibles et persistants souvent à partir de l’âge de 8 ans, mais les mélanomes malins sont plus précoces, bien souvent à cause d’une faiblesse du système immunitaire qui n’arrive pas à les combattre. Rassurez vous, les mélanomes ne sont pas une cause fréquente de mortalité chez le cheval !

Quels sont les signes cliniques du mélanome cheval ?

Les signes cliniques sont très variables, selon le nombre et la position des mélanomes. Par exemple, le mélanome inguinal, situé au-dessus du scrotum, peut être accompagné de troubles urinaires et/ou génitaux. Les mélanomes en région anale et périanale provoquent souvent des troubles de la défécation. En plus de cela, l’inflammation peut pousser le cheval à se gratter. Les mélanomes s’ulcèrent et suintent, ce qui attire encore plus les mouches, qui peuvent y pondre, des asticots peuvent aussi être observés. Dans le cas d’un développement de métastases, ceux-ci peuvent affecter les vaisseaux sanguins, le tube digestif, les os ou encore les poumons. Ainsi, des signes cliniques associés à ces différentes régions peuvent être observés. Enfin, le mélanome est une tumeur qui produit, évidemment, beaucoup de pigments. Ceux-ci peuvent changer la couleur des urines et du sang.

Comment diagnostiquer un mélanome cheval ?

Concernant le diagnostic, il ne faut surtout pas hésiter à appeler votre vétérinaire ! Le diagnostic clinique est assez simple mais l’avis d’un professionnel reste indispensable. Un examen clinique est souvent facile car l’aspect et la localisation sont suffisants pour diagnostiquer un mélanome. Des biopsies, bien qu’assez rares, peuvent être pratiquées ainsi que des analyses histologiques. Cependant, le vétérinaire ne peut, en général, pas répondre à l’interrogation principale du propriétaire : les mélanomes vont-ils continuer à se développer ? Sont-ils dangereux pour l’animal ? La malignité clinique ne peut souvent pas être évaluée.

Quels sont les traitements disponibles contre les mélanomes cheval ?

D’une part, les mélanocytomes n’ont besoin d’aucun traitement puisque la tumeur est superficielle, non agressive et n’évoluera pas dans le temps. On estime alors qu’il ne faut rien faire mais toujours surveiller tout de même les zones susceptibles d’être touchées ainsi que le ou les naevus mélanocytiques déjà présents.

Pour les autres mélanomes, ce n’est pas si simple. Même si l’évolution est lente, on ne peut exclure une extension. Pour les chevaux les plus âgés, au-dessus de 15 ans, celle-ci est très fréquente ! La principale solution reste une opération précoce pour éliminer physiquement le mélanome. Cependant, les récidives sont très nombreuses après les chirurgies. Les opérations précoces sont assez peu pratiquées puisque le mélanome se développe lentement, et ne vient à gêner le cheval que quand il a une taille énorme. On ne peut donc plus le retirer à ce stade. Un petit mélanome peut être retiré assez facilement par le vétérinaire s’il est accessible. Certains préfèrent ne pas y toucher dans les endroits les plus sensibles. Par exemple, sous la queue, la cicatrisation peut être complexe, avec l’humidité et les excréments.

Comme pour toute tumeur, pour éviter les récidives après la chirurgie, l’animal doit subir une chimiothérapie. Cependant, aujourd’hui il n’existe pas encore de molécule efficace et le coût est assez élevé. La radiothérapie semble être une solution pour le futur. Des analyses complémentaires peuvent être réalisées afin de rechercher d’éventuelles métastases.

Actuellement, les chevaux touchés par un ou plusieurs mélanomes sont généralement gérés avec un traitement conservateur. En effet, il ne s’agit pas de les retirer par voie chirurgicale mais de donner un maximum de confort à l’animal afin d’éviter toute souffrance. Pour les chevaux qui sont touchés au niveau de l’anus, on préconise une alimentation humide, une mise à l’herbe et un complément en huile de paraffine pour ramollir les crottins et faciliter leur évacuation. En cas d’ulcération ou de suintement, la zone doit être désinfectée régulièrement pour éviter toute complication et l’apparition de vers. Chaque animal et chaque mélanome est différent, le traitement conservateur doit être y être adapté.

L’immunothérapie est-elle efficace sur les mélanomes cheval ?

Aujourd’hui, il n’existe pas de méthode curative qui semble convaincante, c’est pourquoi l’immunothérapie est à l’étude. Ce ne sont que les débuts chez le cheval mais les résultats sont présents et on considère que c’est un traitement d’avenir. Le fonctionnement est le suivant : une opération chirurgicale est réalisée pour diminuer la taille du mélanome et un marqueur est injecté dans celui-ci. Ce marqueur permet à l’organisme de différencier les cellules cancéreuses des cellules saines afin de cibler efficacement l’élimination. Ce traitement est réalisé avec succès chez le chien et des résultats très prometteurs apparaissent chez le cheval !

Vous avez maintenant les principales clés pour reconnaître un mélanome chez votre cheval. Cependant l’avis d’un vétérinaire est indispensable, surtout si la mise en place d’un traitement est nécessaire. Ces traitements ne semblent pas toujours efficaces mais le futur est tourné vers l’immunothérapie et cela semble très prometteur.

Par Charlotte Bernard, élève vétérinaire du Dr Timothée Audouin, vétérinaire et consultant en e-santé animale.

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