Uvéite chez le cheval

Assez répandue et pourtant méconnue de la plupart des propriétaires de chevaux, les affections oculaires constituent le 4ème motif de consultation en médecine vétérinaire équine et, dans la majorité des cas, le vétérinaire diagnostique un ulcère, mais aussi une uvéite. Mais connaissez vous vraiment l’uvéite du cheval ?

Qu‘est-ce qu’une uvéite chez le cheval ?

Les uvéites constituent la première cause de cécité chez le cheval. Il s’agit d’une inflammation de la tunique uvéale de l’oeil, aussi appelée uvée. Cette dernière est composée de l’iris (partie colorée de l’œil), du corps ciliaire (lieu de production de l’humeur aqueuse) et de la choroïde (couche cellulaire vasculaire postérieure à la rétine). Cette affection provoque une exsudation protéique et cellulaire dans l’humeur aqueuse et le vitré. Les uvéites peuvent être à l’origine de nombreuses complications dont l’uvéite récidivante équine, souvent connue sous l’acronyme URE.

Les uvéites touchent les chevaux de tout âge mais les URE sont particulièrement diagnostiquées chez les jeunes entre 4 et 6 ans. Elles affectent aussi bien les mâles que les femelles mais certaines races y sont prédisposées telles que les Appaloosas ou les races lourdes. Les uvéites sont fréquentes : elles touchent un quart des chevaux aux Etats-Unis et environ 8% des chevaux en France.

Cette pathologie est particulièrement importante dans le domaine médical et pour votre cheval, car elle provoque une douleur oculaire marquée qui peut durer quelques jours jusqu’à plusieurs semaines, mais aussi parce que les récidives sont fréquentes. De plus, l’uvéite peut engendrer des séquelles graves allant jusqu’à la cécité totale, d’où l’importance pour les propriétaires et les éleveurs d’avoir connaissance de cette pathologie.  La détection de toute affection oculaire ou extra-oculaire en relation avec l’apparition d’une uvéite, même s’il ne s’agit pas d’une URE, lors de la visite vétérinaire d’achat d’un cheval est un vice rédhibitoire.

Quelles sont les causes du développement d’uvéite cheval ?

De nombreux facteurs peuvent être à l’origine du développement d’uvéites chez un cheval, et parfois, plusieurs causes différentes sont responsables de façon concomitante à l’uvéite. On peut citer parmi les origines les plus fréquentes du développement d’uvéites :

  •  Une infection bactérienne : gourme, leptospirose, e. coli, rhodococcus equi ou brucella abortus ;
  • Une infection virale : rhinopneumonie, influenza, adénovirus équin et artérite virale équine ;
  • Une infection parasitaire : onchocercose, strongylose et toxoplasmose ;
  • Un traumatisme au niveau de l’œil.

Quelles sont les trois formes distinctes d’uvéites chez le cheval ?

L’uvéite peut se manifester de plusieurs manières et il est important de distinguer et de connaître ces différentes variations de la maladie afin de pouvoir la détecter le plus tôt possible.

  • Tout d’abord, il y a la forme classique appelée iridocyclite, qui se caractérise par une crise aiguë d’uvéite antérieure. Cette forme comprend trois phases cliniques qui s’enchainent. La phase de début est marquée par des douleurs oculaires (épiphora, blépharoplasme, etc.), par un œdème palpébral plus ou moins conjonctival, par une hyperhémie conjonctivale et épisclérale, et par un myosis. Ensuite, la phase d’état est caractérisée par une humeur aqueuse trouble, par un œdème cornéen, par une néovascularisation et par une hypotension oculaire. Pour finir, les séquelles correspondent aux synéchies, à la cataracte, au glaucome et à la phtisie.
  • Ensuite, l’uvéite peut aussi se manifester sous sa forme dite insidieuse, qui est une uvéite subclinique et chronique. Cette forme est très souvent bilatérale et ne présente pas de manifestations cliniques claires avant l’apparition de complications, ce qui la rend très difficile à repérer. Elle est cependant responsable de nombreuses affections telles qu’une hyperhémie conjonctivale, un œdème cornéen discret, une néovascularisation, l’humeur trouble, l’iris terne et des réflexes photomoteurs lents.
  • Enfin, il existe aussi la forme aigüe de l’uvéite, appelé rétinochoroidite, qui est en réalité une uvéite postérieure aigüe. Cette forme ne se caractérise pas par des manifestations cliniques particulières et elle est très rarement associée à une uvéite antérieure, ce qui en fait la forme d’uvéite la plus difficile à détecter par le propriétaire. Cependant, un examen oculaire met en évidence un œdème rétinien et/ou une hémorragie du vitrée, une choriorétinite et un décollement plus ou moins important de la rétine.

Notons toutefois qu’il est possible qu’une uvéite antérieure soit associée à une uvéite supérieure. On nomme alors ce phénomène une panuvéite.

Quels sont les signes cliniques d’une uvéite cheval ?

On peut distinguer plusieurs catégories de signes d’uvéite.

D’une part, l’uvéite se caractérise par des signes dits fonctionnels, c’est-à-dire de douleur oculaire, parmi lesquels nous pouvons mentionner :

  • Un blépharosplasme, qui correspond à des contractions musculaires soutenues et involontaires provoquant des clignements et des fermetures partielles ou complètes de l’œil ;
  • Une énophtalmie, visible comme un enfoncement anormal de l’œil dans l’orbite ;
  • Une procidence de la 3ème paupière, normalement non visible ;
  • Un myosis, qui est une contraction anormale de la pupille ;
  • Un épiphora, c’est-à-dire un écoulement de larmes anormalement long et abondant.

D’autre part, l’uvéite entraine aussi des signes lésionnels qui sont responsables de troubles de l’humeur aqueuse, pouvant être associés à un œdème cornéen diffus, un iris terne, une néovascularisation, un hypopion plus ou moins visible, soit un flocon fibrineux dans la chambre antérieure, ou encore un hyphéma plus ou moins visible, une collection hémorragique dans la chambre antérieure.

En présence d’au moins un de ces signes, il est primordial de bien examiner les deux yeux, et pas seulement celui visiblement altéré, car l’autre œil peut être subclinique ou avec uniquement des manifestations cliniques très atténuées. Il convient également de contacter au plus vite un vétérinaire pour procéder à un examen approfondi de la vue du cheval.

Quelles sont les séquelles associées aux uvéites cheval ?

Le risque de séquelles augmente avec la sévérité de l’inflammation mais aussi avec le nombre de récidives (URE). En effet, l’uvéite entraine des séquelles multiples comme une cataracte, une luxation du cristallin, une  phtisie, une pathologie où la tension interne du globe oculaire baisse au point qu’il devient mou et se rétracte, ou encore un glaucome. Ainsi, il est important que l’uvéite soit prise en charge le plus rapide possible dès que des signes cliniques sont détectables, afin de commencer un traitement et de limiter les séquelles pour les yeux du cheval, et notamment pour ses capacités de vision.

Comment traiter une uvéite chez le cheval ?

Il s’agit de traitements agressifs et prolongés qui doivent se faire au-delà de la guérison clinique. Il faut tout d’abord se charger d’arrêter l’inflammation uvéale et de calmer la douleur oculaire. Pour cela, on peut utiliser des anti-inflammatoires locaux telles que des pommades ophtalmiques ou d’autres types d’anti-inflammatoires. Ensuite, pour éviter que les uvéites deviennent récidivantes, il est primordial d’en traiter la cause. Le traitement dépendra alors de la cause de l’uvéite que le vétérinaire aura détectée.

Pour traiter les URE particulièrement persistantes, il est possible de procéder à une vitrectomie antérieure par le pars plana. Cette intervention nécessite une anesthésie générale et demande de retirer plus de 90% du corps vitré mais permet 98% de guérison. Une pose d’un implant de cyclosporine entre sclère et choroïde peut aussi être réalisée par le vétérinaire.

Par ailleurs, il est important d’adopter des mesures hygiéniques comme le nettoyage des yeux au sérum physiologique et le port d’un masque anti-mouche cheval pour protéger des poussières, des insectes et même d’une forte luminosité. Il est aussi conseillé de diminuer le temps d’exposition quotidien du cheval au soleil.

Pour finir, il est important pour le propriétaire d’être conscient que lorsque son cheval est atteint d’uvéite, et lorsque les douleurs oculaires, les phtisies bulbaires et les glaucomes sont persistants ou ne répondent pas aux traitements, il est possible de procéder à une énucléation.

Quelle évolution possible et quel pronostic pour mon cheval qui a été diagnostiqué avec une uvéite ?

D’une part, la réponse aux traitements et les taux de récidive sont variables selon l’étiologie, les facteurs environnementaux, les facteurs génétiques, les facteurs immunitaires ainsi que la chronicité. Le pronostic visuel global d’URE est mauvais : 56% des chevaux atteints ont une perte de vision et 20% une cécité totale. Une uvéite peut devenir réfractaire aux traitements.

D’autre part, les récidives peuvent être d’intensité variable sur le même œil et/ou sur l’œil controlatéral (si deux ans après la première crise, l’œil controlatéral est sain, l’uvéite restera unilatérale).

Quels sont les points essentiels à retenir sur les uvéites cheval ?

  • Les principaux symptômes de l’uvéite sont la douleur oculaire et une humeur aqueuse trouble ;
  • Les récidives sont fréquentes, il s’agit alors d’un cas d’uvéite récidivante équine ;
  • Il existe trois formes différentes d’uvéites, ce qui en fait une pathologie difficile à identifier ;
  • Les traitements sont agressifs, prolongés et principalement à base d’anti-inflammatoires ;
  • Les séquelles constituent un pronostic défavorable pour la vision ;
  • L’uvéite constitue un vice rédhibitoire dans le cas d’une visite d’achat.

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